Avec ces décisions, l'Union européenne poursuit l'objectif d'accélérer les procédures d'asile, de faciliter les expulsions et de soulager les systèmes d'asile nationaux. Sur le plan politique, ces mesures sont très controversées et font l'objet de critiques, notamment de la part des organisations de défense des droits de l'homme.
L'UE durcit ses règles en matière de visas : à l'avenir, elle pourra également restreindre l'entrée sans visa pour certains pays en raison de violations des droits de l'homme. Qu'est-ce que cela signifie pour les voyageurs ?...
Les expulsions sont possibles même sans lien avec un pays tiers
Jusqu'à présent, les demandeurs d'asile ne pouvaient être expulsés vers un pays tiers que s'ils avaient un lien étroit avec ce pays, par exemple en raison d'un séjour antérieur ou de relations familiales. À l'avenir, ce « lien » ne sera plus nécessaire.
L'Allemagne et d'autres États membres de l'UE peuvent désormais expulser les demandeurs d'asile vers des pays hors UE où ils ne se sont jamais rendus auparavant. Pour cela, il faut que ces pays tiers aient été classés comme sûrs et aient accepté d'accueillir des demandeurs d'asile.
Les procédures d'asile ne seront alors plus menées dans l'UE, mais dans le pays tiers concerné. Les réfugiés mineurs non accompagnés sont exemptés de cette réglementation ; ils continuent de bénéficier de mesures de protection spéciales.
Avec cette modification, l'UE crée la base juridique pour des modèles qui rappellent le « modèle rwandais » du Royaume-Uni ou le concept de centres d'asile en Albanie testé par l'Italie. Là aussi, les demandeurs d'asile doivent être transférés vers des pays tiers (le Rwanda ou l'Albanie) où leur demande de protection sera ensuite examinée.
Adoption de la liste européenne des pays d'origine sûrs
Une autre nouveauté adoptée hier est la liste uniforme des pays d'origine sûrs au sein de l'UE. À l'avenir, le Bangladesh, l'Inde, la Colombie, l'Égypte, le Maroc, la Tunisie et le Kosovo seront considérés comme des pays sûrs.
En outre, tous les États qui ont officiellement déposé une demande d'adhésion à l'UE doivent également être considérés comme des pays d'origine sûrs, à condition qu'ils ne soient pas en guerre et qu'aucune violation grave des droits de l'homme n'y soit constatée.
Le classement d'un pays comme « sûr » a des répercussions sur les procédures d'asile. Les demandes d'asile émanant de ressortissants de ces pays pourront désormais être traitées dans le cadre de procédures accélérées. Dans la pratique, cela signifie qu'elles seront rejetées plus rapidement comme « manifestement infondées ».
Dans le même temps, la charge de la preuve incombe davantage aux demandeurs. Ils doivent prouver pourquoi ils sont individuellement menacés de persécution politique ou de dangers graves dans leur pays d'origine.
La Commission européenne a annoncé qu'elle surveillerait la situation des droits de l'homme dans les pays concernés. La liste sera modifiée si la situation sur place venait à se détériorer considérablement.
Les ministres de l'Intérieur de l'UE veulent à l'avenir expulser plus rapidement les demandeurs d'asile, y compris vers des pays tiers avec lesquels ils n'ont aucun lien personnel. Quels sont les autres projets à l'ordre du jour et pourquoi certains d'entre eux sont-ils difficiles à mettre en œuvre ?...
Allemagne : la liste des pays d'origine sûrs est élargie
Indépendamment de la liste de l'UE, les États membres peuvent continuer à tenir leurs propres listes de pays d'origine sûrs. La liste allemande comprend actuellement 37 pays, dont :
- les 27 États membres de l'Union européenne ainsi que
- Albanie
- Bosnie-Herzégovine
- Géorgie
- Ghana
- Kosovo
- Macédoine, ancienne République yougoslave
- Monténégro
- République de Moldavie
- Sénégal
- Serbie
De plus, fin 2025, le Bundestag allemand a adopté une loi autorisant le gouvernement fédéral à classer de manière autonome les pays d'origine sûrs, c'est-à-dire sans l'accord du Bundestag ou du Bundesrat. La loi est entrée en vigueur le 1er février 2026.
Le gouvernement fédéral prévoit d'élargir prochainement la liste des pays d'origine sûrs. L'Algérie, l'Inde, le Maroc et la Tunisie sont notamment prévus. L'Arménie, l'Égypte, le Nigeria et la Mongolie sont également considérés comme des candidats potentiels. À l'heure actuelle, ces pays n'ont toutefois pas encore été officiellement classés comme sûrs.
Conséquences pratiques pour les requérants d'asile
La prochaine étape consiste désormais à obtenir l'accord du Conseil de l'UE. Celui-ci devrait être obtenu sans difficulté. Les nouvelles réglementations font partie du régime d'asile européen commun (RAEC) et doivent être transposées dans le droit national de tous les États membres.
Pour les personnes en quête de protection provenant de pays d'origine considérés comme sûrs, cela signifie des procédures d'asile plus courtes et des chances nettement moindres d'obtenir l'asile. Un rejet global de la demande d'asile n'est toujours pas autorisé juridiquement. Chaque demande doit être examinée au cas par cas. Dans la pratique, cependant, la plupart des demandes devraient être rejetées comme non fondées.
À partir de juin 2026, les expulsions vers des pays tiers sûrs sans lien préalable seront également possibles. Mais là encore, un examen au cas par cas est toujours obligatoire.
Important : les expulsions vers des pays tiers hors UE ne peuvent avoir lieu que si ces pays tiers acceptent d'accueillir les personnes concernées. Cela nécessite la conclusion d'accords entre les pays de l'UE et les pays tiers. À l'heure actuelle, il n'existe aucun accord officiel entre l'Allemagne et un pays tiers permettant de telles expulsions.
Critique des organisations de défense des droits de l'homme
Les organisations de défense des droits humains et des réfugiés critiquent ces décisions. Pro Asyl parle d'une « destruction des droits humains » et met en garde contre une remise en cause du droit d'asile individuel.
SOS Humanity critique également le classement de pays tels que la Tunisie ou l'Égypte comme sûrs. Des rapports continuent de faire état d'oppression politique, de violences policières et de restrictions des droits fondamentaux dans ces pays.
Les détracteurs craignent que les personnes vulnérables puissent à l'avenir être expulsées vers des pays où elles ne bénéficieront d'aucune protection efficace ni d'aucun accès à des procédures d'asile équitables.
Entrée en vigueur au plus tard en juin 2026
Les nouvelles réglementations doivent être pleinement applicables au plus tard en juin 2026. Certaines dispositions peuvent déjà être appliquées avant cette date. L'Allemagne doit également transposer ces dispositions dans son droit national.
En octobre dernier, le Bundestag avait déjà examiné la loi européenne en première lecture. Les réglementations désormais adoptées au niveau européen y figuraient déjà. La mise en œuvre nationale est considérée comme très probable et doit être achevée au plus tard en juin 2026, conformément aux exigences de l'UE.
À partir d'octobre 2025, l'UE mettra en place le nouveau système numérique d'entrée et de sortie (EES). Ce qui change désormais pour les voyageurs provenant de pays non membres de l'UE – et qui est exempté de l'enregistrement...
Conclusion
Les nouvelles règles européennes rendent le droit d'asile européen nettement plus strict. À partir de juin 2026, les procédures d'asile devront être accélérées, les demandes provenant de pays d'origine considérés comme sûrs devront être rejetées plus rapidement et les expulsions devront être facilitées.
Le fait que les demandeurs d'asile puissent désormais être expulsés vers des pays tiers sûrs, même sans lien préalable avec ceux-ci, est particulièrement controversé.
Dans la pratique, ces expulsions ne sont toutefois possibles que sous certaines conditions. Le pays tiers concerné doit être considéré comme sûr et accepter expressément d'accueillir les demandeurs d'asile. Des accords sont nécessaires à cet effet. À l'heure actuelle, l'Allemagne n'a encore conclu aucun accord de ce type avec un pays tiers. Indépendamment de cela, chaque décision reste soumise à un examen au cas par cas.