Le cas : un homme attend sa naturalisation depuis 2017
Dans le cas présent, il s'agissait d'un ressortissant pakistanais vivant en Allemagne depuis 2008. Après son mariage avec une ressortissante allemande, il a d'abord obtenu un titre de séjour conformément à l'article 28, paragraphe 1, de la loi allemande sur le séjour des étrangers (AufenthG). Ce titre a été prolongé à plusieurs reprises. En 2020, il a finalement obtenu un permis d'établissement.
Professionnellement, cet homme travaillait dans le secteur de la restauration. En 2017, il a repris une entreprise et s'est mis à son compte. La même année, il a déposé une demande de naturalisation.
Il a présenté les documents nécessaires à cet effet, notamment un certificat de langue de niveau B1, une attestation de participation au cours d'intégration et un test de naturalisation réussi. Il n'avait pas de casier judiciaire. Il n'avait jamais perçu d'allocations sociales ni de revenu minimum.
Comme le service des étrangers tardait à statuer sur la demande, l'homme a intenté une action en carence en 2021. Peu après, l'autorité a rejeté la demande de naturalisation.
Justification : ses moyens de subsistance et ceux de sa famille ne sont pas suffisamment garantis. Il convient notamment, dans le cas des travailleurs indépendants, de vérifier minutieusement si leurs revenus et leur prévoyance vieillesse sont suffisants à long terme.
L'homme a déposé plainte contre ce refus.
Le revenu est-il suffisant – et quelle est l'importance de la prévoyance vieillesse ?
Au cours de la procédure judiciaire, le plaignant a présenté d'autres documents, notamment des avis d'imposition et des analyses économiques de son établissement gastronomique. Il en ressortait que ses revenus des dernières années étaient nettement supérieurs à ce qui avait été initialement supposé.
Malgré cela, l'autorité a maintenu son refus. Elle a fait valoir que, dans le cadre d'une naturalisation, il n'était pas seulement important de disposer d'un revenu actuel, mais également d'avoir des revenus assurés à l'avenir. Cela inclut une prévoyance vieillesse suffisante.
Le problème : le plaignant avait souscrit tardivement son assurance retraite privée. Il avait donc versé peu de cotisations. Cela a eu un impact négatif sur ses perspectives d'avenir.
Nouvelle loi : 20 mois à temps plein peuvent suffire
Le tribunal administratif de Cologne a néanmoins statué en faveur du plaignant. Selon le juge, le refus de naturalisation était illégal.
Le tribunal a justifié son jugement en se référant à la nouvelle loi en vigueur depuis juin 2024. Celle-ci prévoit une exception importante en matière de garantie des moyens de subsistance pour la naturalisation.
La disposition spéciale (§ 10, al. 1, phrase 1, n° 3, lettre b de la loi sur la nationalité allemande (StAG)) stipule que toute personne ayant travaillé à temps plein pendant au moins 20 mois au cours des 24 derniers mois n' est pas tenue de prouver qu'elle dispose de moyens de subsistance suffisants pour obtenir la naturalisation.
Le tribunal a précisé que cette règle s'applique non seulement aux salariés, mais aussi aux travailleurs indépendants. Il est important que l'activité corresponde à un emploi à temps plein en termes de volume.
Dans le cas du plaignant, le tribunal a considéré que cette condition était remplie. Il travaillait à temps plein dans sa propre entreprise depuis mars 2022 et y était présent presque tous les jours.
Tribunal : les prévisions pour l'avenir ne sont pas déterminantes si une exception s'applique
Le tribunal a également examiné si la prévoyance vieillesse du plaignant était suffisante selon les anciens critères. Les juges sont parvenus à une conclusion similaire à celle de l'office des étrangers : la prévoyance vieillesse privée était globalement trop faible pour permettre des perspectives d'avenir positives.
Mais cela n'a finalement pas été déterminant. Le tribunal a statué que si la disposition spéciale prévue à l'article 10, paragraphe 1, phrase 1, point 3, lettre b) de la loi allemande sur le droit de séjour (StAG) était remplie, c'est-à-dire si le demandeur avait travaillé au moins 20 mois à temps plein au cours des 24 derniers mois, les prévisions pour l'avenir pouvaient être ignorées.
Importance pour les personnes concernées
Avec la réforme de la loi sur la nationalité de 2024, les conditions d'accès à la naturalisation ont changé sur certains points.
Une disposition spéciale importante a été ajoutée, stipulant que si un demandeur a travaillé à temps plein pendant au moins 20 mois au cours des 24 derniers mois, l'exigence d'un moyen de subsistance garanti peut être levée.
Le tribunal administratif de Cologne a également décidé que si cette condition est remplie, la naturalisation peut également avoir lieu si les perspectives d'avenir sont globalement négatives.
L'activité à temps plein doit toutefois être justifiée de manière compréhensible. Les travailleurs indépendants, en particulier, doivent soigneusement conserver les justificatifs de revenus, les avis d'imposition et les informations relatives au volume de travail effectif.
Autre point important : le tribunal administratif de Cologne a autorisé l'appel. Cela signifie que le jugement n'est pas encore définitif. Il reste à voir si et comment d'autres tribunaux interpréteront la nouvelle réglementation. Jusqu'à une éventuelle décision d'une cour administrative supérieure ou de la Cour administrative fédérale, la question pourrait continuer à faire l'objet d'appréciations divergentes.
La naturalisation en tant que conjoint d'un citoyen allemand ou d'une citoyenne allemande offre de nombreux avantages. Pour réussir cette démarche, certaines conditions doivent être remplies. Celles-ci varient selon que le conjoint possède déjà la nationalité allemande ou non.
Naturalisation : dans quels cas un moyen de subsistance assuré n'est-il pas nécessaire ?
Outre la « règle des 20 mois sur 24 à temps plein », les conditions de subsistance pour obtenir la naturalisation sont très strictement réglementées par la loi.
L'une des rares autres exceptions concerne les anciens travailleurs immigrés et les travailleurs contractuels arrivés en République fédérale avant 1974 ou dans l'ancienne RDA avant 1990. Sous certaines conditions, ils n'ont pas besoin de disposer de moyens de subsistance suffisants pour obtenir la naturalisation.
Il existe également une disposition spéciale pour les familles: si l'un des conjoints remplit la condition d'activité à temps plein, l'autre conjoint peut également être dispensé de l'obligation de subvenir aux besoins de la famille. Cela vaut en particulier lorsqu'un enfant mineur vit dans la famille.
L'ancienne loi prévoyait également une autre exception: si une personne percevait des prestations sociales sans que cela soit de sa faute, par exemple en raison d'une maladie, la naturalisation pouvait tout de même être possible. Cette exception a toutefois été supprimée depuis la réforme de 2024.
Cela signifie qu' aujourd'hui, le fait d'être malade ne suffit plus automatiquement pour obtenir la naturalisation. Les personnes souffrant d'une maladie chronique et percevant à ce titre des allocations ou des aides sociales ne remplissent généralement pas les conditions requises pour obtenir la naturalisation.