Pourquoi le gouvernement fédéral souhaite-t-il modifier la loi ?
Selon le gouvernement fédéral, il arrive régulièrement que la paternité ne soit pas reconnue pour des raisons familiales, mais dans le but d'obtenir un droit de séjour en Allemagne.
Il s'agit souvent de cas où un homme de nationalité allemande ou titulaire d'un titre de séjour stable reconnaît la paternité d'un enfant né d'une mère étrangère. Grâce à cette reconnaissance, l'enfant peut également obtenir un droit de séjour, voire la nationalité allemande. Cela peut à son tour donner lieu à des droits de séjour pour la mère.
Le gouvernement fédéral estime que la législation actuelle n'est pas suffisante pour empêcher de tels abus du droit de séjour. C'est pourquoi les services des étrangers seront désormais davantage associés à la procédure. Dans certains cas, ils devront vérifier, avant la reconnaissance de la paternité, s'il existe effectivement un lien familial ou si cette reconnaissance vise avant tout à obtenir un droit de séjour.
Comment la paternité est-elle actuellement reconnue ?
La reconnaissance de la paternité est une procédure très simple en droit allemand de la famille. Un homme peut reconnaître la paternité d'un enfant, à condition que la mère y consente. Les déclarations sont authentifiées par un acte officiel, par exemple auprès du service de protection de la jeunesse, du bureau d'état civil, d'un notaire ou d'un tribunal. L'objectif de cette réglementation est de faciliter la procédure pour les mères et les enfants.
Afin de prévenir les abus, une règle a été mise en place dès 2017 : si l'autorité chargée d'enregistrer la paternité constate des indices d'abus, elle doit en informer le service des étrangers. Ce dernier doit alors vérifier si la paternité n'est pas reconnue uniquement dans le but d'obtenir un titre de séjour.
Selon le gouvernement fédéral, ce système ne fonctionne toutefois pas de manière satisfaisante. La raison : les autorités chargées d'enregistrer la paternité ne sont souvent pas en mesure de détecter les indices de fraude. C'est pourquoi la nouvelle loi prévoit que les services des étrangers soient automatiquement associés à la procédure dans certains cas.
Quels changements cette nouvelle loi entraînerait-elle ?
Selon la nouvelle loi , la paternité ne prendrait effet, dans certains cas, qu'après accord du service des étrangers. De même, l'inscription du père au registre des naissances ne serait pas possible sans l'accord du service des étrangers.
En vertu de la nouvelle loi, l'accord du service des étrangers est nécessaire lorsqu'il existe entre les parents ce que l'on appelle un « déséquilibre en matière de droit de séjour ». Il s'agit des cas où l'un des parents dispose d'un statut de séjour sûr, tandis que l'autre n'a pas de droit de séjour ou n'en a qu'un très limité.
C'est le cas, par exemple, lorsque :
- l'un des parents possède la nationalité allemande ou un permis d'établissement, tandis que l'autre ne dispose que d'une autorisation provisoire de séjour ou d'une tolérance,
- l'un des parents est tenu de quitter le territoire,
- si l'un des parents est entré sur le territoire uniquement avec un visa Schengen,
- ou si l'un des parents se trouve encore à l'étranger et ne dispose pas d'un droit de séjour garanti en Allemagne.
Dans ces cas, le service des étrangers doit vérifier si la reconnaissance de paternité est effectivement motivée par des raisons familiales ou si elle vise à obtenir un droit de séjour.
Dans quels cas le service des étrangers n' est-il pas tenu de donner son accord ?
Mais l'autorisation préalable du service des étrangers n'est pas toujours requise. Le projet de loi prévoit plusieurs exceptions. Ainsi, l'autorisation du service des étrangers n' est pas nécessaire s'il est prouvé que la personne qui reconnaît l'enfant en est le père biologique.
En outre, le service des étrangers n'est pas tenu de donner son accord dans les cas suivants :
- l'homme est déjà père d'un autre enfant de la même mère,
- les parents sont mariés ou se sont mariés après la naissance et que le mariage a été enregistré en Allemagne, ou
- les parents sont enregistrés ensemble en Allemagne depuis au moins 18 mois et vivent sous le même toit.
D'autres circonstances permettant d'exclure tout abus peuvent être invoquées, par exemple lorsque le père verse régulièrement une pension alimentaire ou entretient des contacts réguliers avec l'enfant.
Le gouvernement fédéral souhaite ainsi s'assurer que les vraies familles ne soient pas pénalisées inutilement. Les personnes qui assument réellement la responsabilité d'un enfant ou qui entretiennent une véritable relation familiale ne doivent pas être désavantagées par la loi.
À quoi faut-il s'attendre pour détecter un éventuel abus ?
Le projet de loi énumère divers indices laissant supposer que la paternité n'est reconnue que dans le but d'obtenir un droit de séjour. Le service des étrangers doit par exemple vérifier :
- lorsque la mère et le père ne parlent pas la même langue,
- s'ils se sont rencontrés uniquement dans le but de faire reconnaître la paternité
- ou si de l'argent ou d'autres avantages ont été promis en échange de cette reconnaissance.
Même si un homme a reconnu à plusieurs reprises, en l'espace de quelques années, la paternité d'enfants nés de mères différentes, cette situation fera désormais l'objet d'un examen plus approfondi.
Le titre de séjour pour le regroupement familial avec des citoyens allemands conformément à l'article 28, paragraphe 2, de la loi sur le séjour des étrangers constitue un pilier central de la politique migratoire allemande, dans la mesure où il met l'accent sur la protection et la promotion de l'unité familiale....
Combien de temps l'examen peut-il durer ?
En principe, le service des étrangers doit statuer sur la demande dans un délai de quatre mois. Si le service ne rend pas de décision dans ce délai, l'autorisation est automatiquement réputée accordée.
Cette mesure vise à éviter que les procédures ne s'éternisent inutilement et que les familles restent dans l'incertitude pendant une longue période. Pendant la durée de la procédure d'examen, l'expulsion des personnes concernées doit en principe être suspendue.
Que se passe-t-il en cas de tromperie ou de fausses déclarations ?
Le projet de loi prévoit également des sanctions plus sévères en cas de tromperie. Si l'autorisation délivrée par le service des étrangers a été obtenue au moyen de fausses déclarations, de menaces, de corruption ou de tromperie dolosive, elle pourra être retirée ultérieurement.
Cela peut avoir des conséquences importantes. La paternité peut être invalidée rétroactivement. Les titres de séjour délivrés en raison de la paternité ou de la nationalité allemande de l'enfant peuvent alors être retirés.
En outre, le fait de fournir délibérément des informations fausses ou incomplètes sera désormais passible de sanctions pénales si ces informations ont été fournies dans le but d'obtenir l'accord du service des étrangers.
Que réclame l'AfD ?
Outre le projet de loi du gouvernement fédéral, le Bundestag se prononcera également vendredi sur un projet de loi présenté par l'AfD. Dans ce texte, l'AfD réclame des règles nettement plus strictes en matière de reconnaissance de la paternité.
Selon sa proposition, le service des étrangers devrait systématiquement être saisi dès lors qu'au moins l'un des parents n' a pas la nationalité allemande. En outre, l'accord du service des étrangers devrait être une condition préalable à la reconnaissance de la paternité. L'homme devrait également devoir prouver qu'il est bien le père biologique de l'enfant, par exemple au moyen d'un test ADN.
En outre, l'AfD souhaite que la situation financière du père soit davantage prise en compte. En cas de doute quant à la capacité de l'homme à subvenir aux besoins de l'enfant, cela devrait également pouvoir être considéré comme un indice d'un éventuel abus du droit de séjour.
L'article 36 de la loi sur le séjour des étrangers (AufenthG) réglemente, en tant que droit de séjour, le regroupement familial avec les parents et autres proches et offre une possibilité importante à certains groupes de personnes de faire venir les membres de leur famille en Allemagne. ...
Conclusion : qu'est-ce que cela signifie pour les familles étrangères ?
Pour la plupart des familles étrangères, la nouvelle loi n'entraîne dans un premier temps aucun changement. Les pères biologiques et la stabilité familiale restent protégés.
Cette loi concerne exclusivement les familles dans lesquelles les parents ont des droits de séjour différents. C'est notamment le cas lorsqu'un des parents n'a pas de droit de séjour, ou seulement un droit très limité, tandis que l'autre parent bénéficie d'un droit de séjour stable, voire de la nationalité allemande.
Dans ces cas, le service des étrangers devra désormais vérifier s'il existe des liens familiaux solides ou si la paternité est reconnue uniquement dans le but d'obtenir un droit de séjour. Avant qu'une paternité ne soit reconnue, le service des étrangers doit donner son accord dans ces cas.
Cela signifie que la reconnaissance de paternité reste possible pour la plupart des familles. Toutefois, dans certains cas, les personnes concernées doivent s'attendre à ce que le service des étrangers examine de plus près leur situation familiale.
C'est le Bundestag qui décidera, le 12 juin 2026, si la loi sera adoptée.