La CJUE impose des limites à l'Allemagne en matière de prestations d'asile
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) – c'est-à-dire la plus haute instance judiciaire de l'UE – a statué que la réduction de certaines prestations d'asile en Allemagne était contraire au droit européen. Cet arrêt concerne principalement les personnes dont la demande d'asile a été rejetée en Allemagne au motif qu'un autre État membre de l'UE est compétent pour examiner leur dossier (règlement Dublin III).
Pour explication : le règlement Dublin III est une réglementation de l'Union européenne. Il détermine quel État membre de l'UE doit examiner une demande d'asile. En règle générale, c'est le pays dans lequel la personne en quête de protection est entrée pour la première fois dans l'UE ou a déposé sa première demande d'asile qui est compétent. Si cette personne dépose par la suite une demande d'asile en Allemagne, l'Allemagne peut rejeter la demande comme irrecevable et ordonner son transfert vers l'État membre compétent.
Dans de tels cas, les prestations d'asile en Allemagne ont souvent été fortement réduites. Les demandeurs d'asile continuaient de bénéficier de repas, d'un logement, du chauffage ainsi que de prestations liées à l'hygiène et à la santé. D'autres prestations, concernant par exemple les vêtements, les produits ménagers ou les dépenses courantes, pouvaient toutefois être supprimées.
Selon la CJUE, c'est précisément cela qui est contraire au droit de l'Union européenne. La directive européenne relative à l'accueil des demandeurs d'asile oblige les États membres à garantir aux demandeurs d'asile un niveau de vie décent. Cela signifie que les prestations doivent assurer leur subsistance et protéger leur santé physique et mentale.
Les demandeurs d'asile et les personnes bénéficiant d'une tolérance ne peuvent pas prétendre automatiquement à l'intégralité des prestations sociales au début de leur séjour en Allemagne. C'est ce qu'a confirmé la Cour constitutionnelle fédérale. Dans le même temps, la Cour précise que ces prestations doivent elles aussi garantir le minimum vital nécessaire à une existence digne...
De quoi s'agissait-il dans cette affaire ?
L'arrêt portait sur le cas d'un demandeur d'asile afghan résidant dans la région de Schweinfurt, en Bavière. Cet homme avait d'abord déposé une demande d'asile en Roumanie, puis en Allemagne. En vertu des règles de Dublin, c'était donc la Roumanie qui était compétente pour traiter sa demande d'asile.
Les autorités allemandes ont rejeté sa demande d'asile en Allemagne pour irrecevabilité et ont ordonné son renvoi vers la Roumanie. Jusqu'à son renvoi, l'homme n'a bénéficié que de prestations limitées. Il a continué à bénéficier d'un hébergement, de repas ainsi que de prestations pour l'hygiène et la santé. Il n'a toutefois plus reçu d'aide financière pour ses vêtements, ses articles ménagers et ses dépenses quotidiennes personnelles.
Cette forme de prise en charge est souvent décrite par l'expression « un lit, du pain et du savon ». Cela signifie que la personne ne reçoit que le strict nécessaire pour survivre, mais aucun moyen de mener sa vie quotidienne comme elle l'entend.
L'homme a alors saisi les tribunaux sociaux allemands. Le Tribunal fédéral social a émis des doutes quant à la compatibilité de ces réductions avec le droit de l'Union européenne et a saisi la CJUE.
CJUE : les normes minimales doivent être respectées
La CJUE vient de statuer : une telle réduction n'est pas compatible avec la directive européenne relative à l'accueil. En vertu de cette directive, les États membres doivent veiller à ce que les demandeurs d'asile bénéficient d'un niveau de vie décent.
Selon la CJUE, cela ne se limite pas au logement, à l'alimentation, au chauffage et à l'hygiène personnelle. L'habillement fait également partie des besoins fondamentaux les plus importants de l'être humain. Il ne peut donc pas être simplement supprimé.
La CJUE a en outre précisé que les prestations destinées à couvrir les besoins quotidiens étaient également nécessaires. En effet, les demandeurs d'asile doivent pouvoir acheter eux-mêmes certains articles. Il s'agit par exemple de titres de transport, de moyens de communication, de produits d'hygiène ou de petits articles ménagers.
En outre, ces prestations doivent permettre une participation minimale à la vie sociale et culturelle. Selon la CJUE, cela est essentiel pour protéger la dignité et la santé mentale des personnes concernées.
L'UE souhaite mettre en œuvre une réforme globale du droit d'asile d'ici 2026. Elle prévoit des procédures frontalières plus strictes, des décisions d'asile plus rapides et davantage de retours. Découvrez ici les changements à venir et ce qu'ils signifient pour les réfugiés...
L'Allemagne reste responsable des demandeurs d'asile jusqu'à leur transfert
Un autre point de l'arrêt revêt également une grande importance : l'Allemagne ne peut justifier cette réduction en arguant que le demandeur d'asile doit de toute façon être transféré vers un autre État membre de l'UE. Selon la CJUE, les obligations de l'Allemagne ne prennent fin qu'une fois que la personne a effectivement été transférée vers l'État membre compétent.
Tant que le demandeur d'asile se trouve en Allemagne, l'Allemagne doit donc respecter les dispositions de l'UE. Cela vaut également lorsqu'une décision de transfert a déjà été prise.
C'est important pour de nombreux cas relevant du règlement de Dublin. En effet, plusieurs semaines, voire plusieurs mois, peuvent s'écouler entre la décision de transfert et le transfert effectif. Il arrive parfois que le transfert n'ait pas lieu, par exemple parce que les délais ont expiré ou que l'autre État membre ne donne pas suite concrètement à la demande d'accueil.
Conclusion : que signifie le jugement pour les personnes concernées ?
Pour les demandeurs d'asile concernés par les affaires « Dublin », cet arrêt revêt une grande importance. Il précise en effet qu'ils ne peuvent se voir priver des prestations de base en Allemagne au motif qu'un autre pays de l'UE est compétent pour traiter leur demande d'asile.
En vertu du droit européen , les demandeurs d'asile ont droit à des prestations qui leur permettent de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Cela comprend le logement, la nourriture, l'hygiène, les soins de santé, les vêtements et une somme minimale pour leurs besoins personnels. Tant que les demandeurs d'asile séjournent en Allemagne, l'Allemagne doit leur garantir ces prestations fondamentales.
L'arrêt de la CJUE fixe des limites juridiques claires à la politique migratoire allemande. L'État est certes autorisé à réduire les prestations accordées à certains groupes sous certaines conditions, mais il ne peut descendre en dessous du niveau minimum exigé par le droit de l'Union européenne et les droits fondamentaux.