Avant même la modification de la loi en juillet 2025, le regroupement familial des bénéficiaires d'une protection subsidiaire était déjà fortement limité. Dans la pratique, un maximum de 1 000 visas pouvaient être délivrés chaque mois. Avec la nouvelle réglementation, ce regroupement limité a été largement suspendu jusqu'au 23 juillet 2027. Des exceptions ne sont prévues que dans des cas particulièrement difficiles.
Qui est concerné par la suspension du regroupement familial ?
La base juridique se trouve dans le § 104 al. 14 de la loi allemande sur le séjour des étrangers (AufenthG). Selon cette disposition, la réglementation s'applique exclusivement aux personnes bénéficiant d'une protection subsidiaire. Il s'agit de personnes qui n'ont pas été reconnues comme réfugiés au sens de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés et qui n'ont pas obtenu l'asile, mais qui sont néanmoins exposées à des dangers graves tels que la torture, la peine de mort ou d'autres violations graves des droits de l'homme dans leur pays d'origine.
Selon les données du registre central des étrangers, environ 381 000 personnes bénéficiant d'une protection subsidiaire vivaient en Allemagne à la mi-2025, dont environ 296 000 originaires de Syrie. Pour ces personnes, la suspension signifie qu'elles ne peuvent pas faire venir légalement leurs proches pour le moment, sauf en cas de situation particulièrement difficile reconnue.
En revanche, les réfugiés reconnus, les personnes bénéficiant du droit d'asile ainsi que les personnes titulaires d'un permis de séjour ou d'une carte bleue européenne ne sont pas concernés. Pour ces groupes, le regroupement familial reste en principe possible.
Le cas : une famille demande le regroupement familial depuis la Jordanie
La procédure en cours concernait une famille syrienne vivant légalement en Jordanie depuis plus de 13 ans. En décembre 2024, l'épouse et plusieurs enfants mineurs ont demandé des visas de regroupement familial à l'ambassade d'Allemagne à Amman. Le mari et père était entré en Allemagne en octobre 2022 et avait obtenu une protection subsidiaire début 2023.
Cependant, l'autorité compétente en matière d'immigration et l'ambassade allemande ont rejeté les demandes de visa en avril 2025. Parmi les motifs invoqués figuraient notamment le fait que les moyens de subsistance n'étaient pas suffisamment garantis, qu'il n'y avait pas assez d'espace habitable disponible et que la vie familiale pouvait se poursuivre dans un pays tiers, en l'occurrence la Jordanie.
La famille a fait appel de ces décisions. Alors que la procédure était encore en cours, la suspension du regroupement familial est entrée en vigueur.
Tribunal : la situation juridique actuelle est toujours déterminante
Dans un premier temps, le tribunal administratif de Berlin a constaté que, dans le cas de recours concernant la délivrance de visas , c'est en principe la situation juridique en vigueur au moment de la décision qui s'applique. Cela signifie que même si les demandes de la famille avaient été déposées avant la modification de la loi, le tribunal devait appliquer la nouvelle réglementation.
Étant donné que le regroupement familial pour les bénéficiaires d'une protection subsidiaire était déjà suspendu au moment du jugement, le tribunal n'a plus trouvé de fondement juridique pour les visas demandés. Un regroupement familial normal au titre de l'article 36a de la loi allemande sur le séjour des étrangers (AufenthG) n'était donc plus envisageable.
La suspension est-elle contraire au droit européen ou à la Constitution allemande ?
La question centrale traitée par le tribunal était toutefois autre : la famille a fait valoir que la suspension du regroupement familial était contraire au droit européen et à la Constitution allemande.
Explication : dans la plupart des cas, le droit européen prime sur le droit allemand. Cela signifie que lorsque le droit allemand et le droit européen entrent en conflit, le droit allemand ne peut généralement pas être appliqué. Cette « primauté d'application » s'applique également aux lois fédérales telles que la loi sur le séjour.
Dans le cas de la famille syrienne, le tribunal a toutefois conclu que la suspension du regroupement familial n'était pas contraire au droit européen. Ni le droit européen ni la Convention européenne des droits de l'homme n'obligent l'Allemagne à permettre le regroupement familial des bénéficiaires d'une protection subsidiaire. Les règles européennes applicables concernent en premier lieu les réfugiés reconnus, mais pas les bénéficiaires d'une protection subsidiaire de la même manière.
Selon le tribunal, la suspension du regroupement familial ne viole pas non plus la Constitution allemande. Certes, le mariage et la famille bénéficient d'une protection particulière en vertu de l'article 6 de la Constitution allemande. Mais cela ne donne pas automatiquement droit au regroupement familial. Le législateur peut limiter la durée du regroupement s'il existe des raisons objectives à cela et s'il existe toujours des possibilités de prendre en compte les cas particulièrement difficiles.
La Cour a également fait référence à des décisions antérieures concernant la suspension du regroupement familial à partir de 2016. À l'époque, ces dispositions avaient également été jugées conformes à la Constitution.
Important : la suspension n'implique pas une exclusion totale sans exception. Les dispositions humanitaires, telles que celles prévues aux articles 22 et 23 de la loi allemande sur le séjour des étrangers (AufenthG), continuent de s'appliquer. Dans des cas très particuliers, un titre de séjour peut également être délivré pendant la suspension.
Pas de protection particulière pour les demandes déjà déposées
La famille plaignante a fait valoir que ses demandes avaient été déposées avant l'entrée en vigueur de la loi. La Cour n'y a toutefois pas vu de protection particulière de la confiance légitime. Elle a estimé qu'il était juridiquement admissible que les lois changent au cours d'une procédure en cours. Il n'existe en principe aucun droit à ce que les dispositions légales restent inchangées.
La loi ne prévoit pas de disposition transitoire. Le tribunal administratif de Berlin a certes jugé que certains cas (par exemple, une invitation déjà délivrée pour le retrait d'un visa) devaient être exemptés, mais la famille ne faisait pas partie de ce groupe de personnes.
L'article 36 de la loi sur le séjour des étrangers (AufenthG) réglemente, en tant que droit de séjour, le regroupement familial avec les parents et autres proches et offre une possibilité importante à certains groupes de personnes de faire venir les membres de leur famille en Allemagne. ...
Pourquoi aucun cas de rigueur n'a été reconnu
Le tribunal administratif de Berlin a également examiné si le regroupement familial était possible pour des raisons humanitaires conformément à l'article 22 de la loi allemande sur le séjour des étrangers (AufenthG), par exemple en raison d'une situation personnelle particulièrement difficile. Pour cela, il faut toutefois que des circonstances individuelles très graves soient réunies.
Selon le tribunal, cela n'était pas le cas dans cette affaire. La famille vit depuis de nombreuses années en Jordanie, où elle bénéficie d'une aide, et a déclaré ne souffrir d'aucune maladie grave ni d'aucun handicap.
En outre, le tribunal n'a vu aucune raison impérieuse justifiant que la vie familiale doive être menée exclusivement en Allemagne. Il a souligné que la situation en Syrie avait changé après la chute du régime d'Assad et qu'un regroupement familial y était en principe également possible.
Dans l'ensemble, le tribunal administratif de Berlin est donc parvenu à la conclusion qu'il n'y avait pas de cas de rigueur particulier dans cette affaire.
Que signifie le jugement pour les personnes concernées ?
Le jugement confirme la situation juridique actuelle: le regroupement familial pour les bénéficiaires d'une protection subsidiaire est suspendu depuis le 24 juillet 2025 pour une durée de deux ans et n'est en principe pas possible jusqu'au 23 juillet 2027. Auparavant déjà, le regroupement familial n'était autorisé que de manière très limitée, avec un contingent mensuel maximal de 1 000 visas.
Pour les personnes concernées, cela signifie qu' un regroupement familial régulier est actuellement exclu. Ce n'est que dans de très rares cas exceptionnels qu'il est possible d'examiner si un regroupement familial est possible pour des raisons humanitaires en cas de situation particulièrement difficile. Les conditions requises pour cela sont toutefois très strictes et vont bien au-delà de la charge normale liée à une séparation familiale.