Le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul (CDU) s'est montré profondément inquiet après un voyage dans le pays et a douté que les réfugiés syriens puissent rentrer en toute sécurité dans un avenir proche. Pourtant, le ministère fédéral de l'Intérieur dirigé par Alexander Dobrindt (CSU) continue de travailler à un accord de réadmission avec la Syrie. Qu'est-ce que cela signifie pour les personnes concernées ?
Le ministre des Affaires étrangères met en garde contre les renvois après une visite en Syrie
Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul (CDU) s'est récemment montré sceptiquequant à la possibilité pour les réfugiés syriens de rentrer chez eux à court terme. Lors de la visite d'une banlieue fortement détruite de Damas, il a parlé d'une ampleur de dévastation qu'il n'avait "encore jamais vue personnellement".
Dans ces conditions, unretour rapide des réfugiés syriens est irréaliste: "Ils ne peuvent pas rentrer à court terme. Il est vraiment difficile de vivre dignement ici", a déclaré Wadephul. Les rapatriements ne sont possibles "que de manière très limitée à l'heure actuelle", car de grandes parties de l'infrastructure sont toujours détruites.
Des organisations internationales comme l' Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) mettent également en garde contre les expulsions vers la Syrie. Le pays reste dangereux, les personnes qui y retournent sont notamment exposées au risque de violence, d'arrestations arbitraires ou de torture. En outre, la Syrie serait déjà fortement sous pression en raison des mouvements de retour croissants en provenance des pays voisins.
Ce qui vaut pour les demandeurs d'asile syriens en Allemagne
Dans le débat, le ministère de l'Intérieur renvoie en revanche à l'accord de coalition: il y a été convenu de permettre à nouveau régulièrement des expulsions vers la Syrie - en commençant par les criminels et les personnes dangereuses. Un porte-parole a confirmé au RND (Redkationsnetzwerk Deutschland) qu'un accord dans ce sens était actuellement en cours d'élaboration avec la Syrie.
Parallèlement, depuis septembre 2025, l'Office fédéral de l'immigration et des réfugiés (BAMF) examine à nouveau de plus en plus de demandes d'asile de ressortissants syriens - en particulier de jeunes hommes célibataires. Ce groupe a généralement moins souvent droit à une protection, raison pour laquelle les demandes sont souvent rejetées.
Le ministre de l'Intérieur Dobrindt avait en outre annoncé vouloir rapatrier à long terme non seulement les criminels et les personnes dangereuses, mais aussi les demandeurs d'asile déboutés de ce groupe.
Un autre point est important pour les bénéficiaires d'une protection syrienne déjà reconnus: ceux qui rentrent volontairement dans leur pays risquent de perdre leur statut de protection en Allemagne. En effet, un retour est considéré comme une indication qu'il n'existe plus de motifs de protection. Des exceptions ne sont possibles que dans des cas très restreints, par exemple lorsque la vie de membres de la famille proche est menacée.
Expulsions vers la Syrie : Qu'est-ce qui est juridiquement valable ?
En principe, le principe dit de non-refoulement s'applique en Allemagne et dans l'UE : personne ne peut être renvoyé dans un pays où il risque d'être torturé, menacé de mort ou de subir de graves violations des droits de l'homme (art. 33 de la Convention de Genève sur les réfugiés, art. 3 CEDH).
Les expulsions vers de tels pays ne sont autorisées que dans des cas exceptionnels, par exemple en cas de délits très graves, et seulement après un examen minutieux de chaque cas. De plus, les tribunaux peuvent stopper les expulsions (au cas par cas) si la situation actuelle dans le pays d'origine est jugée dangereuse.
En Allemagne, les personnes qui craignent d'être expulsées disposent de différentes possibilités de protection juridique. Laquelle s'applique dépend toujours du cas particulier. Il est particulièrement important de rassembler suffisamment tôt des preuves et de se faire conseiller juridiquement.
Duldung (article 60a de la loi sur le séjour des étrangers)
Un "Duldung" n'est pas un titre de séjour ni un statut de protection. Elle signifie simplement que l'expulsion est temporairement suspendue. Les personnes concernées restent donc en Allemagne, bien qu'elles soient en fait tenues de quitter le territoire, parce que l'expulsion n'est actuellement pas possible ou n'est pas autorisée par la loi.
Les raisons d'une tolérance peuvent être
- absence de documents de voyage, identité non clarifiée ou absence de liaison aérienne avec le pays d'origine
- raisons médicales aiguës rendant un départ inacceptable
- actions en justice ou procédures juridiques en cours (par exemple, demande d'asile ultérieure)
- danger individuel pour la vie ou l'intégrité corporelle au retour, mais pas de statut de protection reconnu
- raisons familiales (par exemple, grossesse en cours, soins à des proches en Allemagne)
- en cours de formation(Ausbildungsduldung)
- emploi durable ou perspective d'intégration(permis d'emploi)
- raisons humanitaires urgentes
- Arrêt des renvois ou interdiction de facto d'expulser un pays d'origine
Pendant la période de tolérance, il existe une obligation de quitter le territoire, mais l'expulsion n'est pas exécutée pour le moment.
interdiction d'expulsion (article 60, paragraphes 5 et 7, de la loi sur le séjour des étrangers)
Une expulsion n'est pas admissible s'il existe un danger concret pour la vie ou l'intégrité corporelle dans le pays d'origine, par exemple par :
- Torture ou traitement inhumain
- manque de soins médicaux
- menace individuelle émanant d'autorités gouvernementales ou de milices
Important : le danger doit généralement être prouvé individuellement, par exemple par des rapports, des attestations ou des documents. Une mauvaise situation générale dans le pays ne suffit pas, sauf s'il s'agit d'une situation de danger extrême.
L'article 60 de la loi sur le séjour des étrangers réglemente l'interdiction d'expulsion et offre une protection aux étrangers qui sont en danger dans leur pays d'origine pour diverses raisons. Il aborde notamment les raisons humanitaires, sanitaires et politiques afin de garantir aux personnes concernées la sécurité nécessaire...
Séjour pour raisons humanitaires (article 25, paragraphe 3, de la loi sur le séjour des étrangers)
Si le BAMF constate une interdiction d'expulsion, un permis de séjour peut être délivré pour des raisons humanitaires. Il offre une protection contre l'expulsion et un accès aux prestations sociales et peut être prolongé ultérieurement.
demande ultérieure (article 71 de la loi sur l'asile)
Si les circonstances changent ou s'il existe de nouvelles preuves, une demande ultérieure est possible - par exemple en cas de nouvelles menaces, de nouveaux résultats médicaux ou d'un changement de la situation politique dans le pays d'origine.
Important : une demande de suivi peut stopper l'expulsion, mais uniquement si le BAMF ne la juge pas manifestement infondée ou irrecevable. C'est pourquoi les nouvelles preuves doivent être présentées suffisamment tôt et être bien documentées.
Octroi du séjour dans des cas de rigueur (article 23a de la loi sur le séjour des étrangers)
La commission des cas de rigueur de chaque Land peut recommander l'octroi d'un permis de séjour s'il existe des raisons personnelles particulières, par exemple
- séjour de longue durée en Allemagne
- intégration réussie (langue, travail, formation, école)
- liens familiaux étroits en Allemagne, en particulier pour les enfants mineurs
- de graves contraintes personnelles ou de santé en cas de retour
Important : il n'existe pas de droit légal à une décision de cas de rigueur. Le cas doit être justifié de manière exceptionnelle. Ici aussi, la décision est toujours prise au cas par cas.
L'expulsion fait référence à la procédure ordonnée par l'État pour contraindre les demandeurs d'asile dont le séjour en Allemagne n'est pas ou plus légal à quitter le pays. Le § 58 AufenthG décrit les circonstances dans lesquelles une expulsion est effectuée....
Protection pour des raisons familiales ou de santé
Même sans statut d'asile, les raisons suivantes peuvent jouer un rôle :
- Prise en charge des enfants mineurs en Allemagne
- Protection de l'unité familiale selon l'article 6 de la Loi fondamentale (GG)
- maladie grave ou traumatisme, lorsqu'un traitement suffisant n'est pas possible dans le pays d'origine
Les certificats médicaux, les justificatifs familiaux et autres documents sont ici particulièrement importants.
Ce dont les personnes concernées doivent tenir compte maintenant
Selon le gouvernement allemand, des discussions sont actuellement en cours avec la Syrie pour que les expulsions soient à nouveau effectuées régulièrement à l'avenir. Il n'y a toutefois pas d'accords concrets ou d'expulsions imminentes pour le moment. Selon l'état actuel des choses, ce sont d'abord les délinquants et les personnes dangereuses qui sont concernés.
Pour les personnes concernées, il s'agit donc de garder son calme et de se préparer.
Des étapes importantes :
- Vérifier les décisions et les courriers
Toute personne qui reçoit un refus ou une menace d'expulsion devrait immédiatement faire vérifier si des recours sont possibles, par exemple une plainte ou une demande urgente. - Collecter des preuves et les tenir à jour
En font notamment partie : les certificats médicaux, les preuves des liens familiaux en Allemagne (acte de mariage, acte de naissance), les preuves d'intégration (cours de langue, travail, formation), les menaces ou les risques documentés dans le pays d'origine, la correspondance avec les administrations et les autorités en Allemagne et, le cas échéant, en Syrie. - Utiliser les offres de conseil
Offrir un soutien entre autres : Pro Asyl, Caritas, Diakonie, conseils aux réfugiés, avocats spécialisés. - Suivre l'actualité politique en Allemagne
La situation peut évoluer à court terme, par exemple en raison de nouveaux accords, de décisions de justice ou d'indications officielles du gouvernement.
§ L'article 62 de la loi sur le séjour des étrangers (AufenthG) régit les conditions et le cadre de ce que l'on appelle la détention en vue de l'expulsion en Allemagne. Cette disposition est décisive pour les personnes tenues de quitter le territoire allemand et qui peuvent être placées en détention afin de garantir leur expulsion....
Conclusion : quelle est la suite des événements ?
Il n'existe pas encore de calendrier concret pour les rapatriements vers la Syrie. Le gouvernement fédéral souligne toutefois que des préparatifs sont en cours et que des accords doivent être conclus avec la Syrie.
Parallèlement, la question de savoir comment la situation en Syrie va évoluer et si les rapatriements sont compatibles avec les obligations en matière de droits de l'homme et de droit international reste ouverte.