Les autorités refusent la naturalisation en raison d'une identité non établie
L'affaire concernait un homme originaire d'Érythrée, arrivé en Allemagne en 2014. Au cours de la procédure d'asile, il a déclaré avoir été enrôlé de force dans l'armée en Érythrée. Il a ensuite été emprisonné, puis s'est enfui du pays.
En 2016, cet homme aobtenu le statut deréfugié en Allemagne. Il travaille à temps plein depuis septembre 2015. Il est titulaire d'un titre de séjour de longue durée depuis février 2023. En août 2023, il a finalement déposé une demande de naturalisation.
Afin de vérifier son identité en vue de la naturalisation, l'administration a exigé un passeport érythréen ou un document d'identité équivalent. L'homme a notamment présenté un acte de naissance, un acte de mariage, son titre de séjour et son titre de voyage pour réfugiés. L'administration a toutefois estimé que ces documents n'étaient pas suffisants pour établir son identité.
Est-il raisonnable de se rendre à l'ambassade d'Érythrée ?
Le plaignant a refusé de se présenter à l 'ambassade d'Érythrée. Il a déclaré que, pour obtenir un passeport, il devait y signer une soi-disant « déclaration de repentir » et s'acquitter d'une « taxe de reconstruction ». Selon lui, ces deux exigences étaient inacceptables.
Contexte : En signant cette déclaration de repentir, les ressortissants érythréens reconnaissent notamment avoir quitté l'Érythrée illégalement et avoir ainsi enfreint la législation érythréenne. Ils s'accusent ainsi eux-mêmes d'avoir commis une infraction pénale. S'ils devaient retourner en Érythrée, ils risqueraient d'être sanctionnés pour cela.
Le Tribunal administratif fédéral avait déjà statué, dans une affaire antérieure, qu'une telle déclaration ne pouvait être exigée si elle constituait une charge déraisonnable pour la personne concernée. À l'époque, il ne s'agissait toutefois pas d'une naturalisation, mais d'un titre de voyage pour étrangers.
Le plaignant s'est également référé à cet arrêt. Il a estimé qu'on ne pouvait pas lui imposer de se présenter à l'ambassade d'Érythrée en raison de la possibilité d'une déclaration de repentir.
Par ailleurs, le plaignant refusait de payer ce qu’on appelle l’« impôt de réintégration ». Cet impôt s’élève à environ 2 % des revenus perçus à l’étranger. Le plaignant a fait valoir qu’il ne souhaitait pas soutenir financièrement l’État qu’il avait fui.
Tribunal : la visite à l'ambassade est raisonnable
Le tribunal administratif a rejeté le recours de cet homme. Selon les juges, il est soumis à l'obligation de coopération. Cela signifie qu'il doit prendre toutes les mesures possibles et raisonnables pour se procurer les documents nécessaires à sa naturalisation. Cela implique notamment de se présenter à l'ambassade pour demander un passeport ou pour vérifier s'il remplit les conditions requises pour en obtenir un.
Dans le cas du requérant, il n'y avait pas d'éléments suffisants permettant de conclure qu'il courrait un danger du simple fait de se rendre à l'ambassade. C'est pourquoi cette démarche est, en principe, raisonnable.
Cet homme doit d'abord vérifier si, dans son cas précis, l'ambassade exige effectivement une déclaration de repentir. La simple supposition selon laquelle une déclaration de repentir est toujours exigée ne suffit pas. Ce n'est que si l'ambassade exige effectivement une déclaration de repentir que l'obtention d'un passeport peut être considérée comme déraisonnable.
Pour de nombreux Érythréens vivant à l'étranger, la déclaration de repentir est bien plus qu'une simple formalité administrative : c'est un lourd fardeau. Le gouvernement érythréen exige ce document de la part de ceux qui ont quitté le pays, en particulier s'ils n'ont pas rempli leurs obligations de service national ou s'ils ont quitté le pays sans...
Identité établie lors de la naturalisation : quelles sont les (autres) possibilités ?
L'une des conditions essentielles à la naturalisation est d'avoir une identité clairement établie. Le document le plus important à cet effet est lepasseport en cours de validité délivré par le pays d'origine.
Si un demandeur n'est pas en mesure de présenter son passeport, il doit prouver les démarches qu'il a entreprises pour en obtenir un. Il doit en outre expliquer pourquoi l'obtention d'un passeport est objectivement impossible ou subjectivement déraisonnable. Ce n'est qu'une fois ces éléments suffisamment étayés que d'autres documents permettant d'établir son identité pourront être examinés.
C'est à cela que sert ce que l'on appelle le « modèle par paliers » de vérification de l'identité. Il définit quels documents peuvent être pris en compte pour prouver l'identité, et dans quel ordre.
Il est important de noter que ce n'est qu'une fois que toutes les possibilités d'un niveau ont été exploitées qu'il est possible d'envisager le niveau suivant.
- Niveau 1 (passeport du pays d'origine) : en principe, les demandeurs doivent justifier de leur identité au moyen d'un passeport valide délivré par leur pays d'origine. Une carte d'identité nationale ne suffit pas à cet effet.
- Niveau 2 (titre de remplacement du passeport ou document officiel avec photo) : si un demandeur ne peut pas se procurer de passeport ou si l'obtention d'un passeport est (de manière avérée) déraisonnable, d'autres documents d'identité officiels avec photo peuvent servir de justificatif. Il s'agit par exemple d'une carte d'identité ou d'un titre de remplacement du passeport.
- Niveau 3 (autres documents officiels) : si aucun document avec photo n'est disponible, les documents officiels sans photo peuvent être vérifiés. Il s'agit par exemple des actes de naissance, des permis de conduire, des cartes de service ou des livrets militaires.
- Étape 4 (Autres éléments de preuve) : Si ces documents font également défaut, il est possible de prendre en compte, par exemple, des témoignages, des renseignements écrits ou des expertises.
- Étape 5 (informations fournies par le demandeur) : En dernier recours, l'autorité peut également établir l'identité du demandeur de naturalisation sur la base des informations fournies par ce dernier. Pour cela, la personne doit décrire son identité et son parcours de vie de manière exhaustive, claire et crédible.
Dans le cas du requérant, c'est précisément ce modèle par étapes qui a été déterminant. Selon le tribunal, le requérant ne pouvait pas invoquer des éléments de preuve ultérieurs (étapes 2 à 5), car il n'avait pas suffisamment tenté auparavant d'obtenir un passeport érythréen.
Leipzig, le 18 décembre 2025 – Dans son arrêt du 18 décembre 2025 (réf. 1 C 27.24), la Cour administrative fédérale (BVerwG) a précisé les règles relatives à la vérification de l'identité dans le cadre de la procédure de naturalisation. L'arrêt précise qu'un passeport est le document le plus important, mais qu'une naturalisation sans passeport...
Conclusion : que signifie le jugement pour les personnes concernées ?
Ce jugement montre que toute personne qui demande la nationalité allemande doit participer activement à la clarification de son identité (obligation de coopération). Cela vaut également pour les personnes bénéficiant du statut de réfugié.
Pour les ressortissants érythréens, cela signifie qu’ils sont eux aussi soumis à cette obligation de coopération ! Toute personne ne pouvant présenter de passeport érythréen doit tenter de vérifier auprès de l’ambassade s’il est possible d’obtenir un passeport même sans déclaration de repentir. Ce n’est que lorsque l’ambassade exige (de manière vérifiable) une déclaration de repentir que d’autres pièces d’identité peuvent être acceptées aux fins de la naturalisation.
Il est donc important que les personnes concernées consignent minutieusement toutes leurs démarches. Cela comprend notamment les rendez-vous, les courriers, les réponses de l'ambassade et des informations précises sur ce qui leur a été demandé lors de leur entretien. En effet, dans le cadre d'une demande de naturalisation, il ne suffit pas de mentionner de manière générale les difficultés rencontrées pour obtenir un passeport.