Le cas : le père de deux enfants s'oppose à l'expulsion
Le plaignant, un homme originaire du Nigeria, vit en Allemagne depuis plusieurs années. Il est le père de deux enfants mineurs qui vivent avec leur mère. La mère possède un permis de séjour pour raisons humanitaires et a également un autre enfant, de nationalité allemande.
L'Office fédéral pour la migration et les réfugiés (BAMF) a rejeté la demande d'asile de l'homme et a constaté qu'il n'y avait pas de droit à l'interdiction d'expulsion selon l'article 60, paragraphe 5 ou paragraphe 7 de la loi sur le séjour des étrangers. L'homme a donc été obligé de quitter l'Allemagne.
Il s'est opposé à cette décision et a porté plainte devant le tribunal administratif de Gelsenkirchen - avec succès. Le tribunal a conclu qu'il faisait l 'objet d' une interdiction d'expulsion en vertu de l'article 60, paragraphe 5, de la loi sur le séjour des étrangers, en lien avec l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH).
Les juges ont motivé leur décision par la protection de la vie familiale: une expulsion rendrait impossible la cohabitation avec ses enfants et violerait le droit au respect de la vie familiale (art. 8 CEDH).
Le BAMF a fait appel de ce jugement. Et la procédure a abouti devant la Cour administrative fédérale (Bundesverwaltungsgericht - BVerwG). La décision y a été différente. Le BVerwG a décidé que " les liens familiaux en Allemagne ne suffisent pas à eux seuls à justifier une interdiction d'expulsion en vertu de l'article 60 de la loi sur le séjour des étrangers ".
Qu'est-ce que l'interdiction d'expulsion prévue par l'article 60 de la loi sur le séjour des étrangers ?
Selon l'article 60 de la loi sur le séjour des étrangers, personne ne peut être expulsé si l'expulsion serait contraire à la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH). C'est le cas, par exemple, lorsqu'une personne est menacée de torture, de peine de mort ou de traitement inhumain dans son pays d'origine (article 60, paragraphe 5, de la loi sur le séjour des étrangers).
De même, une expulsion est interdite en vertu de l'article 60, paragraphe 7, de la loi sur le séjour des étrangers si le pays d'origine présente un risque grave pour la vie, l'intégrité physique ou la santé - par exemple en raison d'une guerre, d'une catastrophe naturelle ou d'un manque de soins médicaux.
Cela signifie que ces règles (article 60 de la loi sur le séjour) ne s'appliquent que si quelqu'un est menacé dans son pays d'origine. C'est ce qu'on appelle les interdictions d'expulsion liées au pays de destination.
Les raisons liées à la vie en Allemagne - comme la famille, l'intégration ou le bien-être de l'enfant - ne relèvent pas de l'article 60 de la loi sur le séjour des étrangers. Ces raisons liées au pays sont examinées dans d'autres dispositions, comme l'article 25, paragraphe 5, de la loi sur le séjour des étrangers.
La décision du tribunal
La Cour administrative fédérale confirme dans son jugement que l'article 60, paragraphe 5 de la loi sur le séjour des étrangers ne s'applique que si une personne est en danger dans son pays d'origine. Les circonstances familiales ou personnelles en Allemagne n'entrent pas dans cette catégorie.
Certes, l'autorité doit tenir compte de telles circonstances familiales, mais ailleurs - par exemple :
- lors de l'émission d'une menace d'expulsion
- lorsqu'une autorisation de séjour (Duldung) est accordée en vertu de l'article 60a de la loi sur le séjour des étrangers (AufenthG), ou
- lors de la délivrance d'un permis de séjour conformément à l'article 25, paragraphe 5, de la loi sur le séjour des étrangers, si une expulsion est durablement impossible
L'article 60 de la loi sur le séjour des étrangers réglemente l'interdiction d'expulsion et offre une protection aux étrangers qui sont en danger dans leur pays d'origine pour diverses raisons. Il aborde notamment les raisons humanitaires, sanitaires et politiques afin de garantir aux personnes concernées la sécurité nécessaire...
Que signifie le jugement pour les personnes concernées ?
Le jugement est important pour les personnes qui vivent en Allemagne avec leur famille, mais dont le séjour n'est pas assuré. Le tribunal a clairement fixé les limites :
- Les liens familiaux ou l'intérêt supérieur de l'enfant ne conduisent pas à une interdiction d'expulsion en vertu de l'article 60, paragraphe 5, de la loi sur le séjour des étrangers (AufenthG)
- De tels motifs peuvent toutefois être pris en compte dans d'autres procédures - par exemple dans le cas d'une tolérance ou d'un permis de séjour humanitaire.
- Seuls les dangers dans le pays d'origine peuvent justifier une interdiction d'expulsion en vertu de l'article 60, paragraphe 5 ou paragraphe 7 de la loi sur le séjour des étrangers.
Quelles sont les alternatives dont disposent les personnes concernées à la place ?
Dans son jugement, le BVerwG a précisé que les personnes ayant une famille en Allemagne doivent régler leur situation par le biais du droit de séjour - et non par le droit d'asile. Ceux qui ne veulent pas être expulsés à cause de leur famille peuvent donc utiliser d'autres voies juridiques.
Une possibilité est le Duldung (tolérance) selon l'article 60a de la loi sur le séjour des étrangers. Elle signifie qu'une expulsion est temporairement suspendue - par exemple lorsque le bien-être de l'enfant ou la communauté de vie familiale seraient sinon menacés. Cela permet d'éviter une séparation des parents et des enfants, même si le séjour n'est en fait pas autorisé par la loi.
Si une expulsion est impossible ou déraisonnable à long terme, un permis de séjour peut être demandé conformément à l'article 25, paragraphe 5 de la loi sur le séjour des étrangers. Cela s'applique par exemple si un retour dans le pays d'origine n'est pas possible dans un avenir prévisible ou si une expulsion violerait des droits fondamentaux - par exemple le droit à la famille (art. 6 GG) ou le bien-être de l'enfant. En règle générale, ce permis de séjour doit être délivré lorsqu'une personne est déjà tolérée en Allemagne depuis un certain temps.
Dans certains cas, un permis de séjour pour regroupement familial (§§ 27-36 AufenthG) peut également être envisagé - par exemple si le ou la partenaire a déjà un titre de séjour garanti. Ces réglementations visent à garantir que les familles puissent vivre ensemble en Allemagne, même si elles n'ont pas droit à l'asile.
L'expulsion fait référence à la procédure ordonnée par l'État pour contraindre les demandeurs d'asile dont le séjour en Allemagne n'est pas ou plus légal à quitter le pays. Le § 58 AufenthG décrit les circonstances dans lesquelles une expulsion est effectuée....
Conclusion
Avec sa décision, le BVerwG a donné un signal important pour l'interprétation du droit de séjour. Les liens familiaux et le bien-être de l'enfant restent des motifs de protection importants, mais ne conduisent pas automatiquement à une interdiction d'expulsion selon l'article 60, paragraphe 5, de la loi sur le séjour des étrangers.
Au lieu de cela, ils doivent être pris en compte ailleurs - par exemple dans le cas d'une tolérance ou de l'octroi d'un permis de séjour humanitaire.
Ce jugement signifie que pour de nombreuses familles au statut de séjour incertain, il sera à l'avenir plus difficile d'invoquer des liens familiaux dans la procédure d'asile. Le droit de séjour ouvre cependant d'autres voies - par exemple via un Duldung ou un permis de séjour pour raisons humanitaires - pour continuer à protéger la vie familiale en Allemagne.