De quoi s'agissait-il dans cette affaire ?
L'affaire concernait une mère célibataire originaire d'Érythrée et son enfant. Tous deux étaient arrivés en Allemagne en 2017 et avaient demandé l'asile. Ils ont ensuite obtenu une autorisation provisoire de séjour. Une autorisation provisoire de séjour n'est pas un titre de séjour, mais signifie simplement que l'expulsion est temporairement suspendue.
Depuis mi-2018, la mère et son enfant ne vivaient plus dans un centre d'accueil initial, mais dans leur propre appartement en Basse-Saxe. Elles percevaient des prestations de base au titre de la loi sur les prestations aux demandeurs d'asile, d'un montant total de 1 096 euros par mois. De plus, des montants mensuels étaient prélevés pour couvrir les frais d'électricité.
La femme estimait que les prestations étaient trop faibles. Elle a fait valoir que le minimum vital nécessaire à une existence digne n'était pas suffisamment garanti. Après avoir porté plainte, plusieurs tribunaux se sont saisis de l'affaire. Finalement, l'affaire a été portée devant la Cour constitutionnelle fédérale, c'est-à-dire la plus haute instance.
Quelles sont les prestations de base prévues par la loi sur les prestations aux demandeurs d'asile ?
La loi sur l'aide aux demandeurs d'asile régit l'aide accordée à certains ressortissants étrangers qui ne sont pas en mesure de subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Cela peut concerner, par exemple, les demandeurs d'asile, les personnes bénéficiant d'une tolérance et celles faisant l'objet d'une obligation d'éloignement exécutoire.
Au début de leur séjour en Allemagne, de nombreuses personnes concernées perçoivent ce qu'on appelle des prestations de base. Celles-ci sont destinées à couvrir leurs besoins essentiels, tels que l'alimentation, l'habillement, le logement, l'hygiène corporelle et les besoins personnels de la vie quotidienne.
Le législateur justifie ces prestations moins élevées par le fait que, dans un premier temps, le statut de ces personnes est souvent encore incertain. C'est pourquoi leurs besoins dans certains domaines pourraient être moindres que ceux des personnes qui vivent de manière permanente en Allemagne.
Ce n'est qu'après l'expiration d'une certaine durée de séjour que les prestations dites « analogues » peuvent être versées. Ces prestations continuent de relever de la loi sur les prestations aux demandeurs d'asile. Toutefois, leur montant et leur étendue s'alignent davantage sur ceux de l'aide sociale ordinaire.
Actuellement, les prestations de sécurité sociale ne peuvent en principe être accordées qu'après 36 mois de séjour ininterrompu en Allemagne. En 2018, ce délai d'attente était encore de 15 mois.
C'est donc ce qu'a décidé le tribunal ?
La Cour constitutionnelle fédérale a statué que l'octroi de prestations réduites aux demandeurs d'asile et aux personnes tolérées au début de leur séjour est en principe compatible avec la Loi fondamentale. Le législateur peut donc partir du principe que le séjour n'est pas encore assuré de manière durable pendant cette période. C'est pourquoi il peut évaluer certains besoins différemment de ceux des personnes qui séjournent en Allemagne depuis plus longtemps.
Le tribunal a ainsi confirmé que l'État n'était pas tenu de verser dès le départ des prestations équivalentes à l'aide sociale.
La Cour a toutefois également précisé que la dignité humaine s'applique à tous les êtres humains. L'État doit donc toujours garantir un minimum vital digne. Cela comprend non seulement la nourriture, les vêtements et le logement, mais aussi un niveau minimal de participation sociale et culturelle. Selon la Cour, ces prestations doivent être calculées de manière transparente et ne doivent pas être inférieures au minimum vital.
Dans le cas de la plaignante originaire d'Érythrée, le tribunal a néanmoins estimé que les prestations qui lui avaient été versées pendant une certaine période (du 1er septembre 2018 au 20 août 2019) étaient insuffisantes. La raison : le montant des prestations était calculé sur la base de données obsolètes.
Le tribunal a donc estimé que les prestations destinées à assurer la subsistance devaient être régulièrement actualisées. Lorsque les coûts liés à l'alimentation, à l'habillement, à l'hygiène corporelle ou à d'autres besoins essentiels évoluent, le législateur doit s'y adapter. Cela vaut également pour les prestations prévues par la loi sur les prestations aux demandeurs d'asile ainsi que pour la garantie de ressources minimales au cours des 36 premiers mois de séjour.
Le tribunal social de Hambourg a jugé que la carte de paiement destinée aux demandeurs d'asile était illégale. Ce jugement pourrait entraîner des changements majeurs pour le système social allemand et déclencher un débat sur les prestations sociales....
Quelles sont les conséquences de cette décision pour les autres personnes concernées ?
Cette décision montre que le législateur doit réexaminer et actualiser régulièrement le montant des prestations versées aux demandeurs d'asile et aux personnes bénéficiant d'une tolérance. Même pour les personnes dont le droit de séjour n'est pas garanti, il faut assurer un minimum vital digne.
La décision précise toutefois également que les demandeurs d'asile et les personnes bénéficiant d'une tolérance n'ont pas automatiquement droit à l'aide sociale complète au début de leur séjour. Des prestations de base réduites sont légalement autorisées tant que le statut de séjour reste incertain. Ce n'est qu'après 36 mois de séjour continu que les personnes concernées ont la possibilité de bénéficier de prestations plus élevées.
Pour les personnes concernées, cette décision suscite donc des sentiments mitigés. Le tribunal confirme certes que la loi sur les prestations aux demandeurs d'asile autorise en principe la réduction du montant des prestations. Il précise toutefois que l'État doit procéder avec rigueur lors du calcul de ces prestations et tenir compte du coût actuel de la vie.