Contexte : ces pays peuvent se rendre dans l'UE sans visa
L'Union européenne a actuellement conclu des accords d'exemption de visa avec 61 pays tiers. S'y ajoutent deux régions administratives spéciales (Hong Kong et Macao) et Taïwan.
Les ressortissants de ces pays peuvent entrer dans l'espace Schengen sans visa pour une durée maximale de 90 jours sur une période de 180 jours, à des fins touristiques, familiales ou professionnelles. Le travail et le séjour permanent restent interdits.
L'entrée dans l'UE sans visa est valable pour les ressortissants des pays suivants :
Europe : Albanie, Andorre, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Kosovo, Moldavie, Monaco, Monténégro, Saint-Marin, Serbie, Ukraine, Vatican, Royaume-Uni
Afrique : Maurice, Seychelles
Amérique, Amérique latine et Caraïbes : États-Unis, Canada, Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Salvador, Guatemala, Honduras, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou, Uruguay, Venezuela, Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Dominique, Grenade, Saint-Christophe-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Trinidad-et-Tobago.
Asie et Moyen-Orient : Brunei, Hong Kong, Israël, Japon, Macao, Malaisie, Singapour, Corée du Sud, Émirats arabes unis, Taïwan, Timor-Leste.
Océanie : Australie, Nouvelle-Zélande, Kiribati, Îles Marshall, Micronésie, Nauru, Palau, Samoa, Îles Salomon, Tonga, Tuvalu, Vanuatu.
Pour pouvoir comparer les différents Etats, il faut un indice ou une institution qui fixe des critères. Le Mipex (Migrant Integration Policy Index) compare la facilité d'obtention de la nationalité dans différents Etats du monde. Les Etats sont classés parmi les ...
Pourquoi l'UE durcit-elle maintenant les règles en matière de visas ?
Aujourd'hui déjà, l'UE peut suspendre temporairement ou définitivement l'exemption de visa si certaines conditions sont remplies. C'est par exemple possible
- lorsqu'il y a une augmentation soudaine de la migration irrégulière en provenance d'un pays sans visa,
- lorsque le nombre de demandes d'asile rejetées augmente fortement
- ou lorsque des risques pour la sécurité sont identifiés.
- Le manque de coopération dans le cadre du rapatriement des personnes tenues de quitter le territoire peut également être une raison.
Avec la réforme qui vient d'être décidée, l'UE veut élargir ce mécanisme et accélérer les procédures. A l'avenir, des facteurs politiques, de droits de l'homme et de politique de sécurité seront également pris en compte - par exemple lorsqu'un pays enfreint systématiquement les normes internationales ou utilise la migration comme moyen de pression sur l'UE.
Quand l'UE impose-t-elle une obligation de visa ?
A l'avenir, l'UE pourra suspendre l'exemption de visa si :
- un pays utilise la migration de manière ciblée comme moyen de pression politique - c'est-à-dire qu'il crée ce que l'on appelle des "menaces hybrides", par exemple en ouvrant les frontières sous le contrôle de l'État ou en faisant délibérément passer des migrants (comme cela a été observé par le passé à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne),
- un pays propose des programmes d'investissement ("passeports dorés" ou "visas dorés") qui permettent à des non-ressortissants d'acquérir la citoyenneté et d'accéder ainsi à l'UE sans visa en échange de paiements en espèces ou d'investissements,
- de graves violations des droits de l'homme ou du droit international humanitaire sont avérées, par exemple des crimes de guerre ou une répression politique,
- un État ne respecte pas les jugements des tribunaux internationaux, par exemple de la Cour pénale internationale ou de la Cour internationale de justice,
- ou si les principes fondamentaux de la Charte des Nations unies sont violés - par exemple par des guerres d'agression ou des annexions.
Autre nouveauté : l'UE n'exclura plus automatiquement des populations entières de l'exemption de visa : Elle peut désormais supprimer l'exemption de visa de manière ciblée pour certains groupes de personnes - par exemple pour les représentants du gouvernement ou les hommes d'affaires directement liés aux violations. L'objectif est d'éviter que les populations civiles ne soient pénalisées pour des décisions politiques prises par leur gouvernement.
Comment le Parlement européen a voté
La réforme a été votée le 7 octobre 2025 au Parlement européen à Strasbourg. Le résultat a été clair : 518 voix pour, 96 voix contre et 24 abstentions.
Sur les 96 députés européens allemands, selon la plateforme abgegeordneterswatch.de 61 ont voté pour, 25 contre, une personne s'est abstenue et neuf n'étaient pas présentes.
Quels pays pourraient être concernés ?
Officiellement, l'UE ne cite pas d'Etats concrets contre lesquels les nouvelles règles pourraient être dirigées. Néanmoins, à Bruxelles et dans les médias européens, on parle déjà des premiers cas d'application possibles.
La plateforme euronews rapportait déjà en juin que Israël pourrait être l'un des premiers pays concernés par cette nouvelle réglementation. En toile de fond, des accusations persistantes de crimes de guerre et de violations des droits de l'homme lors de la guerre de Gaza, formulées par des organes de l'ONU et des organisations internationales de défense des droits de l'homme.
En outre, selon les observateurs de l'UE, les Etats disposant de programmes dits de "passeports dorés" pourraient être soumis à une pression accrue. La Commission européenne avait déjà critiqué par le passé Malte et Chypre pour de tels programmes et avait engagé des procédures d'infraction.
Il existe également des modèles comparables au Monténégro et en Serbie, dont Bruxelles observe les risques depuis des années. Selon la plateforme European Western Balkans, la suppression de tels programmes a été mentionnée à plusieurs reprises comme condition aux discussions d'adhésion à l'UE.
Qu'est-ce que cela signifie pour les voyageurs et les migrants ?
Dans un premier temps, rien ne change pour la plupart des personnes originaires de pays exemptés de visa. Les nouvelles règles n'entreront en vigueur que lorsque la Commission européenne ou un État membre aura entamé une procédure de suspension de l'exemption de visa et que le Conseil de l'UE aura donné son accord.
Toutefois, si l'obligation de visa devait être réintroduite de manière temporaire ou permanente, cela aurait des conséquences sensibles pour les ressortissants concernés :
- Ils devraient à l'avenir demander un visa Schengen avant de pouvoir entrer dans l'UE.
- Cela implique des coûts supplémentaires (actuellement environ 90 euros par demande) ainsi que des délais d'attente parfois de plusieurs semaines pour les rendez-vous dans les ambassades.
- En outre, les demandeurs doivent fournir de nombreux justificatifs, notamment en ce qui concerne l'hébergement, le vol de retour, les moyens financiers et le but du voyage.
Pour les visites familiales, les étudiants ou les professionnels , cela pourrait rendre les voyages dans l'UE beaucoup plus difficiles - en particulier pour les personnes qui font régulièrement la navette entre leur pays d'origine et l'Europe.
Quelle est la suite des événements ?
Avant que la nouvelle réglementation ne puisse entrer en vigueur, elle doit encore être formellement adoptée par le Conseil de l'Union européenne. Une fois publiée au Journal officiel de l'UE, elle entrera en vigueur 20 jours plus tard.
La Commission européenne a souligné dans un communiqué qu'il ne s'agissait pas de cibler un pays en particulier, mais de "protéger la crédibilité et l'intégrité du système Schengen".