Motion du Schleswig-Holstein : droit de séjour garanti après trois ans ?
De nombreuses personnes bénéficiant d'une autorisation provisoire de séjour vivent en Allemagne depuis des années. Certaines d'entre elles travaillent ou suivent une formation. D'autres échouent en raison de leur situation juridique précaire. La raison : une autorisation provisoire de séjour n'est pas un titre de séjour et n'offre aucune perspective de séjour fixe. Cela entraîne une incertitude non seulement pour les personnes bénéficiant d'une autorisation provisoire de séjour, mais aussi pour les employeurs qui ne savent pas si un employé sera autorisé à rester à long terme.
C'est précisément sur ce point que porte la motion que le Schleswig-Holstein présentera demain au Bundesrat. Le gouvernement régional y demande que le droit de séjour annoncé dans l'accord de coalition pour les personnes tolérées bien intégrées soit mis en œuvre plus rapidement et adapté dans le même temps.
Un point important de la proposition concerne la durée du séjour. À l'avenir, trois ans de séjour en Allemagne devraient suffire pour obtenir un droit de séjour garanti dans le cadre d'une tolérance. La condition préalable est que la personne concernée travaille depuis au moins un an dans un emploi soumis à l'assurance sociale.
D'autres conditions doivent également être remplies. Il s'agit notamment d'une identité clairement établie, l'absence d'infractions graves et des efforts d'intégration démontrables, par exemple par la maîtrise de la langue ou l'engagement social. L'objectif est d'offrir plus tôt une perspective juridique sûre aux personnes qui ont déjà construit leur existence et travaillent.
Un autre point de la motion concerne la durée du dispositif prévu. Au lieu d'expirer dès la fin 2027 (comme le propose le gouvernement fédéral), il devrait rester en vigueur jusqu'au 31 décembre 2029. Le Schleswig-Holstein justifie cette prolongation par les retards pris jusqu'à présent dans la mise en œuvre et l'incertitude qui en résulte pour les personnes concernées et les entreprises.
Contexte : le gouvernement fédéral prévoit des titres de séjour pour les personnes tolérées ayant un emploi
Dans l'accord de coalition, le gouvernement fédéral s'est déjà mis d'accord sur un projet similaire, mais celui-ci n'a pas encore été mis en œuvre. Il prévoit un titre de séjour temporaire pour les étrangers tolérés si :
- ils sont bien intégrés et ont une connaissance suffisante de l'allemand,
- ils exercent depuis douze mois une activité soumise à l'assurance sociale obligatoire et subviennent ainsi principalement à leurs besoins,
- son identité est clarifiée,
- ils n'ont pas commis d'infraction pénale
- ils ont séjourné en Allemagne sans interruption pendant au moins quatre ans au 31 décembre 2024,
- et ne remplissent pas encore les conditions prévues aux articles 25a et 25b de la loi allemande sur le séjour des étrangers (AufenthG) (séjour en cas de bonne intégration).
En bref : le Schleswig-Holstein soutient le projet du gouvernement fédéral, mais souhaite réduire les obstacles (3 ans de séjour au lieu de 4) et prolonger la durée (jusqu'à fin 2029 au lieu de fin 2027).
Pourquoi les réglementations actuelles concernant les personnes tolérées sont peu efficaces
Dans l'exposé des motifs de la demande, le Schleswig-Holstein explique que les règles actuelles applicables aux personnes tolérées n'ont pratiquement aucun effet dans la pratique. Selon les chiffres actuels, 187 542 personnes bénéficiaient d'une tolérance en Allemagne en septembre 2025.
Cependant, seules 2 904 personnes bénéficiaient d'une autorisation provisoire de séjour pour formation et 1 376 d'une autorisation provisoire de séjour pour emploi. Au total, moins de 2,3 % des personnes bénéficiant d'une autorisation provisoire de séjour ont donc profité de ces possibilités.
Selon le gouvernement régional, cela s'explique principalement par les conditions élevées et complexes. À cela s'ajoute un manque de sécurité juridique pour les employeurs.
Les entreprises ne peuvent souvent pas évaluer avec certitude si une personne employée ou en formation pourra rester ou si elle sera expulsée à court terme. Cette incertitude dissuade de nombreuses entreprises d'embaucher ou de former des personnes tolérées.
Le Schleswig-Holstein demande donc que les dispositions relatives au permis de séjour pour formation (§ 60c AufenthG) et au permis de séjour pour emploi (§ 60d AufenthG) soient réexaminées en profondeur et développées. À l'avenir, la décision relative au droit de séjour devra davantage tenir compte du fait qu'une personne travaille ou suit une formation.
Les personnes tolérées doivent aider à pallier la pénurie de main-d'œuvre qualifiée
L'un des motifs principaux de la demande du Schleswig-Holstein est la pénurie persistante de main-d'œuvre qualifiée et de personnel en Allemagne. Les secteurs de l'artisanat, des soins, de la logistique et de l'hôtellerie-restauration sont particulièrement touchés. Dans ces domaines, de nombreux postes restent vacants.
Le Schleswig-Holstein estime que les réfugiés tolérés qui travaillent ou suivent une formation peuvent faire partie de la solution. Les expulsions malgré un emploi ou une formation entraînent en revanche des difficultés personnelles. Elles aggravent également la pénurie de main-d'œuvre et engendrent des coûts supplémentaires pour les entreprises et les autorités.
Les syndicats et les entreprises partagent la revendication d'une plus grande sécurité juridique. Dans le même temps, ils soulignent qu'undroit de séjour amélioré doit s'accompagner de conditions de travail équitables.
Les réfugiés ne doivent pas être utilisés comme main-d'œuvre bon marché, mais doivent bénéficier des mêmes droits et normes de protection que les autres salariés. Un droit de séjour fiable peut renforcer l'intégration, empêcher l'exploitation et lutter à long terme contre la pénurie de main-d'œuvre qualifiée.
Le SPD réclame un droit de séjour garanti pour les personnes tolérées ayant un emploi
Des revendications similaires font également l'objet de discussions au niveau fédéral depuis plusieurs semaines. Début janvier 2026, le groupe parlementaire SPD au Bundestag s'est prononcé en faveur de l'octroi d'un droit de séjour aux réfugiés bien intégrés qui ont un emploi ou suivent une formation.
Le chef du groupe parlementaire Matthias Miersch a également évoqué dans ce contexte la pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Il a qualifié d'« absurde » l'expulsion de personnes qui travaillent ou suivent une formation en Allemagne.
La ministre fédérale du Travail, Bärbel Bas (SPD), a récemment demandé que les jeunes réfugiés aient davantage de chances de rester en Allemagne après leur formation. Selon elle, les entreprises investissent beaucoup d'argent et de temps dans la formation, mais ont besoin de plus de sécurité pour planifier l'avenir. Sans perspective de rester, de nombreux réfugiés n'auraient pratiquement aucune chance d'obtenir une place en formation.
Bas souligne qu'« il ne faut pas expulser les mauvaises personnes ». Ceux qui sont intégrés et qui ont un emploi ou une place en formation doivent pouvoir rester. Selon Bas , des discussions sont déjà en cours au sein du gouvernement fédéral afin d' améliorer le droit de séjour.
Un nouveau jugement renforce les personnes tolérées : les formations scolaires ne sont pas considérées comme un emploi et peuvent donc être entamées même sans permis de travail....
Que signifie ce débat pour les personnes bénéficiant d'une autorisation provisoire de séjour ?
Important : la délibération de demain au Bundesrat n'entraînera pas encore de modification législative. Si le Bundesrat approuve la proposition du Schleswig-Holstein, celle-ci sera d'abord transmise au gouvernement fédéral sous forme d'initiative.
Dans une prochaine étape, le gouvernement fédéral doit élaborer un projet de loi. Ce projet sera d'abord voté au sein du gouvernement fédéral, puis présenté au Bundestag. C'est là que débutera la procédure législative, avec plusieurs délibérations.
Après délibération, le Bundestag statue sur le projet de loi. Si une majorité se dégage, la loi est adoptée. Le Bundesrat doit ensuite se prononcer à nouveau sur la loi. Ce n'est qu'une fois la loi publiée au Journal officiel fédéral que les nouvelles dispositions entrent en vigueur.
Pour les personnes bénéficiant d'une autorisation provisoire de séjour, cela signifie que même si le Bundesrat donne son accord, il ne faut pas s'attendre à une mise en œuvre rapide. La question de savoir si et quand une modification législative aura lieu dépendra de la volonté politique et du déroulement des délibérations au Bundestag.
Pour les réfugiés tolérés qui ont un emploi ou suivent une formation, ce débat est néanmoins un signal important. À l'avenir , l'emploi, la formation et l'intégration pourraient jouer un rôle plus important que jusqu'à présent dans la décision de leur accorder ou non le droit de rester.
