Mais ce n'est pas parce qu'une personne fournit de fausses informations qu'elle perd automatiquement son titre de séjour. Dans quels cas, alors, des déclarations ou des documents erronés mettent-ils réellement en péril le titre de séjour ? C'est cette question que la Cour administrative du Bade-Wurtemberg a examinée dans une affaire récente.
De quoi s'agissait-il dans cette affaire ?
L'affaire concernait un homme résidant légalement en Allemagne depuis 2016. Il était titulaire, en dernier lieu, d'un titre de séjour délivré en vertu de l'article 19c de la loi sur le séjour des étrangers (AufenthG). Il s'agit d'un titre de séjour lié à l'exercice d'une activité professionnelle. Avant l'expiration de son titre de séjour, il a demandé un permis d'établissement. Parallèlement, l'administration a examiné si son permis de séjour actuel pouvait être prolongé.
Au cours de la procédure, l'homme a notamment présenté un certificat de langue et une attestation relative au test « Leben in Deutschland ». Le service des étrangers a estimé que ces documents n'étaient pas authentiques. Il a reproché à l'homme d'avoir fourni de faux documents afin d'obtenir un titre de séjour.
L'homme a nié cette accusation. Il a expliqué qu'il avait été victime d'une escroquerie et qu'il s'était fait avoir par un prestataire peu scrupuleux. Selon ses dires, il avait obtenu ce certificat de langue à l'issue d'un test en ligne. Il n'aurait donc pas fourni sciemment de faux documents, mais par inadvertance.
Le service des étrangers a maintenu sa décision. Il a refusé de prolonger le titre de séjour et a sommé l'homme de quitter le territoire. Il devait quitter l'Allemagne et l'espace Schengen dans un délai d'un mois. De plus, le service l'a menacé d'expulsion et a prononcé à son encontre une interdiction d'entrée et de séjour d'un an. L'homme a contesté cette décision dans le cadre d'une procédure d'urgence.
En Allemagne, des milliers de faux certificats de langue et d’attestations « Leben in Deutschland » sont en circulation. Les migrant·e·s qui les utilisent pour obtenir la naturalisation ou un titre de séjour s’exposent à un refus, à la révocation de leur titre, à une amende, voire à l’expulsion. ...
Dans quels cas des informations erronées peuvent-elles compromettre le titre de séjour ?
Des déclarations mensongères ou des documents falsifiés peuvent avoir de graves conséquences en matière de droit de séjour. Quiconque fait sciemment de fausses déclarations à une autorité dans le but d'obtenir un titre de séjour peut ainsi justifier ce qu'on appelle un motif d'expulsion.
Cela signifie que l'autorité compétente peut estimer qu'il est dans l'intérêt général que cette personne perde son droit de séjour et soit contrainte de quitter l'Allemagne.
Dans le cadre d'une naturalisation également, de fausses déclarations ou des documents falsifiés peuvent avoir de graves conséquences. Quiconque présente sciemment des documents erronés ou dissimule des faits importants au cours de la procédure de naturalisation risque de compromettre sa naturalisation.
Si la naturalisation a déjà été accordée, elle peut, sous certaines conditions, être révoquée dans un délai de dix ans. Depuis l'introduction de l'article 35a de la loi sur la nationalité (StAG), un délai d'interdiction peut en outre s'appliquer. Dans ce cas, toute nouvelle naturalisation est exclue pendant dix ans.
Il est toutefois important de noter que toute erreur n'entraîne pas automatiquement la perte d'un titre de séjour ou le rejet d'une demande de naturalisation. Ce qui est déterminant, c'est de savoir si la personne concernée a agi de manière intentionnelle.
Cela signifie que la personne doit avoir su qu'une information était fausse ou qu'un document n'était pas authentique. Ce n'est que dans ce cas qu'on peut lui reprocher d'avoir sciemment trompé l'administration. Il en va autrement lorsqu'une information a été fournie par erreur ou qu'un faux document a été présenté par ignorance.
Cette différence est très importante :
- Une tromperie délibérée et intentionnelle peut entraîner le refus, le non-renouvellement ou le retrait d'un titre de séjour, ou encore l'annulation d'une naturalisation.
- En revanche, une indication erronée, qu'elle soit inconsciente ou involontaire, n'entraîne pas automatiquement les mêmes conséquences.
Le service des étrangers doit donc déterminer s'il y a eu tromperie, qu'elle soit intentionnelle ou non.
Quelle a été la décision du tribunal ?
Le tribunal n'a pas pu trancher définitivement l'affaire concernant cet homme. Il n'est donc pas établi de manière définitive s'il a menti sciemment ou s'il a présenté un faux certificat par inadvertance. Cette question devra être examinée plus en détail au cours de la suite de la procédure.
Mais les juges ont donné provisoirement raison à cet homme dans le cadre d'une procédure d'urgence. Cela signifie que la décision du service des étrangers ne peut, pour l'instant, pas être exécutée. L'homme n'est pas tenu, pour le moment, de quitter l'Allemagne. La menace d'expulsion ainsi que l'interdiction d'entrée et de séjour ne peuvent pas non plus être appliquées pour l'instant.
Le tribunal a toutefois confirmé qu' il n'y a lieu d'envisager une expulsion pour fausses déclarations que si la personne concernée a agi de manière intentionnelle . Elle doit donc avoir su qu'une information était fausse ou qu'un document n'était pas authentique.
Le simple fait qu'un justificatif soit faux ne suffit pas. L'autorité doit être en mesure de démontrer de manière convaincante que la personne concernée a sciemment menti. Ce n'est qu'alors que le titre de séjour peut être remis en cause.
Conclusion : qu'est-ce que cela signifie pour les personnes concernées ?
Cette affaire montre que des documents falsifiés ou des fausses déclarations peuvent sérieusement compromettre l'obtention d'un titre de séjour. Dans le cadre d'une procédure de naturalisation également, de fausses déclarations peuvent avoir de graves conséquences.
Dans le même temps, la Cour précise toutefois que les autorités ne peuvent pas partir automatiquement du principe qu'une personne a menti sciemment. Elles doivent vérifier si la personne concernée savait réellement que le justificatif n'était pas authentique.
Cela est particulièrement important pour les personnes qui auraient pu être victimes d'une escroquerie. Cela peut par exemple arriver lorsqu'une personne obtient, par l'intermédiaire d'un prestataire peu scrupuleux, un certificat de langue, le test « Leben in Deutschland » ou d'autres justificatifs, en croyant que tout est en règle.
Dans de tels cas, les personnes concernées devraient rassembler autant de preuves que possible. Les e-mails, les historiques de discussion, les justificatifs de paiement, les pages Internet du prestataire ou une plainte pénale peuvent par exemple s'avérer importants. Ces documents peuvent aider à démontrer que la personne pensait avoir reçu un document authentique.