Naturalisation au bout de dix ans et pas de double nationalité
Dans la motion déposée la semaine dernière au Bundestag, l'AfD réclame un durcissement des règles en matière de droit de séjour et de nationalité. Le parti souhaite notamment renforcer les conditions d'accès à la naturalisation. Ainsi, les candidats ne pourraient obtenir la nationalité allemande qu'après dix ans de séjour au plus tôt. Actuellement, la naturalisation est possible après cinq ans.
Par ailleurs, l'AfD souhaite supprimer la naturalisation de plein droit (article 10 de la loi sur la naturalisation). Cela signifierait que, même si une personne remplit toutes les conditions requises, elle ne bénéficierait plus d'un droit à la naturalisation. Ce sont désormais les autorités qui décideraient de la naturalisation selon leur appréciation.
De plus, les périodes passées dans le cadre d'une procédure d'asile ou sous le régime de la protection temporaire ne devraient plus pouvoir être prises en compte dans le calcul de la durée de séjour requise pour la naturalisation.
Selon sa proposition, le parti souhaite également restreindre à nouveau la double nationalité. Depuis juin 2024, il est possible en Allemagne de conserver sa nationalité d'origine lors de la naturalisation. L'AfD souhaite supprimer cette disposition.
Le parti justifie cette demande par le nombre élevé de naturalisations enregistrées ces dernières années. Selon lui, lesconditions requises pour la naturalisation sonttrop peu strictes. Il critique par ailleurs le fait que, bien que le gouvernement fédéral ait supprimé la naturalisation accélérée au bout de trois ans, les autres mesures d'assouplissement issues de la réforme de 2024 restent en vigueur.
Revendication : retrait du statut de protection accordé aux Syriens
Une autre revendication formulée dans la motion de l'AfD concerne les ressortissants syriens en Allemagne. L'AfD demande que le statut de protection des Syriens soit révoqué lorsque les motifs initiaux justifiant cette protection n'existent plus.
Le parti fait valoir que la situation sécuritaire en Syrie s'est améliorée depuis la chute du régime d'Assad. C'est pourquoi, selon lui, les motifs justifiant la protection de nombreux Syriens et Syriennes en Allemagne n'existent plus aujourd'hui.
Par ailleurs, l'AfD demande que les naturalisations, les titres de séjour et le regroupement familial soient suspendus pour les Syriens bénéficiant d'une protection, si leur statut de protection devait leur être retiré en raison de l'évolution de la situation en Syrie.
L'AfD réclame des règles plus strictes en matière de regroupement familial
L'AfD réclame également des règles plus strictes en matière de regroupement familial. Le parti souhaite que le regroupement familial des bénéficiaires d'une protection subsidiaire, actuellement suspendu, soit supprimé définitivement. Des exceptions ne devraient être possibles que dans des cas de rigueur particuliers.
Par ailleurs, l'AfD demande que, pendant six mois, aucune demande de regroupement familial ne soit acceptée pour les réfugiés reconnus et les autres personnes bénéficiant d'une protection individuelle. Pendant cette période, le gouvernement fédéral doit plaider, au niveau de l'UE, en faveur de conditions plus strictes pour le regroupement familial.
L'AfD justifie cette demande en arguant que le regroupement familial entraîne l'arrivée en Allemagne de nouvelles personnes susceptibles d'avoir besoin de prestations sociales.
Le BAMF devrait commencer dès l'automne 2026 à réexaminer à grande échelle le statut de protection des Syriens. Qu'est-ce qui se cache derrière cette décision ? Et à quoi les personnes concernées doivent-elles prêter attention ?...
Revendication : supprimer certains droits de séjour
Par ailleurs, l'AfD demande dans sa proposition de supprimer l'autorisation provisoire de séjour à des fins de formation (article 60c de la loi sur le séjour des étrangers) et l'autorisation provisoire de séjour à des fins d'emploi (article 60d de la loi sur le séjour des étrangers). Selon l'AfD, le droit de séjour pour les adolescents et les jeunes adultes bien intégrés (article 25a de la loi sur le séjour des étrangers) ainsi que le droit de séjour en cas d'intégration durable (article 25b de la loi sur le séjour des étrangers) devraient également être supprimés.
Le parti critique le fait que les demandeurs d'asile déboutés puissent, sous certaines conditions, obtenir un droit de séjour grâce à un emploi, une formation ou une intégration. Il y voit une incitation à l'immigration clandestine.
Quelles sont les conséquences de cette proposition pour les migrant·e·s en Allemagne ?
Selon ses propres déclarations, l'AfD souhaite, par cette motion, opérer un tournant dans la politique migratoire allemande. L'objectif du parti est de faire en sorte qu'à l'avenir, le nombre de personnes en provenance de pays tiers quittant l'Allemagne soit supérieur à celui des nouveaux arrivants.
Pour l'instant, cette proposition ne constitue que des revendications politiques du parti, et non une loi en vigueur. Le Bundestag a examiné cette proposition pour la première fois le 9 octobre 2026. Ces mesures n'ont toutefois pas été adoptées.
Pour que ces revendications puissent être mises en œuvre, il faudrait modifier de nombreuses lois. De plus, il n'est pas certain que toutes ces revendications soient compatibles avec la Loi fondamentale allemande ou le droit européen.
Pour les personnes qui souhaitent obtenir la nationalité allemande, qui bénéficient d'un statut de protection ou qui souhaitent faire venir leur famille en Allemagne, cette demande n'entraîne pour l'instant aucun changement. Les dispositions légales en vigueur continuent de s'appliquer.
Il peut néanmoins être judicieux de régulariser son séjour dès que possible. Les personnes qui remplissent les conditions requises devraient vérifier si unenaturalisation ou un permis de séjour de longue durée est envisageable. Les personnes bénéficiant d'un statut de protection peuvent également se faire conseiller pour savoir s'il est possible de passer à un autre titre de séjour. De bonnes connaissances en allemand, un emploi stable et des moyens de subsistance assurés contribuent à l'obtention d'un droit de séjour de longue durée.